Découvertes

Le Ndop Processus de Production 1

Avant d’être une étoffe prisée, le Ndop est tout d’abord, une multiplicité de voyages interrégionaux, de rencontres et d’échanges interculturels, riches en couleurs. Le Ndop est de ce fait une constellation de technologies: filage, tissage, design, couture et teinture. Sa fabrication est inscrite dans l’espace et le temps par des allers et venues entre le Nord et l’Ouest du Cameroun au long d’environ 3000km. Les techniques de filage, étant maîtrisées par les artisans du Septentrion, et les techniques de design et de couture maîtrisées par les artisans du Couchant. Le processus de fabrication du Ndop se décline en 4 étapes principales effectuées à la main, avec une maestria digne de passionnés d’art.

Etape 1: Dans le Nord du Cameroun, la région de Garoua se réveille sous un soleil radieux. L’artiste fileur-tisseur après un petit-déjeuner copieux, rentre dans son atelier où l’attendent les bobines de fil de coton qu’il a confectionné la veille. Dans un pas rythmé par les mélodies d’usage de la grande lignée des tisserands, il passe, de ses mains lestes, d’un bout à l’autre de la majestueuse machine (qui nous rappelle une harpe des temps ancien), le précieux  fil de coton, qui après une série de va-et-vient laisse apparaître une bandelette écrue (« gabaga »*) d’environ 5 cm de large qui servira de base à la confection du Ndop…

Après avoir bravé vents et marées, au long de près de 1000km, le voyageur commerçant venu des montagnes de l’ouest arrive dans les plaines du nord ou règne un climat chaud et sec aux antipodes de celui qui a l’habitude de bercer ses jours et ses nuits. Salamalecs usuels effectués avec le fileur-tisseur, les deux protagonistes s’engouffrent dans un exercice de négociation duquel le voyageur commerçant repartira avec son lot de bandelettes « gabaga » dont seuls lui et son homologue détiennent la connaissance des termes du négoce. L’étoffe (futur Ndop) entame ainsi son premier voyage qui l’amènera aux confins du plateau montagneux de l’Ouest Cameroun pour bénéficier des soins de design et de haute couture. (*Harter 1986 :144)

Le voyageur-commerçant, son précieux dans ses bagages, retrouve le climat tempéré de sa terre natale. Il y est accueilli par les transports de joie et de gratitude de l’artisan couturier-designer, qui ausculte les bandelettes à la façon d’un médecin en exercice. Ayant choisi les siennes, il s’active à les coudre bord-à-bord, afin d’en obtenir une grande pièce sur laquelle seront apposées des sur-coutures de raphia afin de délimiter les motifs dessinés au préalable, sur l’étoffe, à l’encre végétale. L’étoffe sera ensuite nouée en guise de préparation au passage chez l’artisan teinturier. Ces techniques de sur-couture et de réserve par nouage permettront, le moment venu, de révéler l’éclat des formes iconographiques caractéristiques du Ndop.
Et le morceau d’étoffe reprend sa route vers le septentrion s’engageant dans son 2e voyage à l’issue duquel il bénéficiera des soins de l’artisan teinturier qui, à la façon d’un alchimiste prépare le mélange d’un bleu intense dans lequel baignera l’étoffe. Le liquide indigo, se répand le long des torsades, qui servent à renforcer les barrières de fil de raphia édifiées, afin d’empêcher à la teinture bleue d’atteindre les dessins qui doivent demeurer du blanc écru des fils de coton originels.
L’étoffe entame enfin son dernier voyage par un retour vers le Grassfield; où il est remis aux bons soins de l’artisan couturier, qui usant de sa dextérité légendaire, défait les coutures de nouage d’une part et les sur-coutures de raphia d’autre part. C’est alors qu’apparaît avec majesté, cette étoffe maculée d’un bleu pur et imprimées de symboles de couleur blanche : Le Ndop est né…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *